« Plus je lis et plus je discute, mieux je comprends et mieux je choisis... »
Modéré ou radical, le démocrate attribue les défauts de la démocratie non à ce qu'elle est, mais à ce qu'il n'y en aurait pas encore assez : pas assez d'apprentissage de l'esprit critique à l'école, pas assez de journaux de référence, pas assez d'émissions sérieuses à la radio et la télévision, et nos sources d'information ne sont jamais assez étendues ni pluralistes.
Au moins autant que sur le libre arbitre individuel, la démocratie repose sur le principe que plus l'on discutera et plus l'on s'informera, mieux nous vivrons ensemble.
S'il est normal que les militants, les enseignants, les journalistes, les éditeurs, en un mot tous ceux qui font métier de « communiquer », privilégient l'espace-temps de l'éducation, de la discussion et de la délibération, il est permis de s'étonner que tant de révolutionnaires adoptent la même attitude.
Dans le 1984 d'Orwell, Winston est regardé et surveillé par un « télé-écran » installé dans son salon et qu'il est interdit d'éteindre. En 1960, le téléspectateur français regardait volontairement une chaîne unique chaque jour supervisée par le ministre de l'Information. Début 21e siècle, sur des dizaines, bientôt des centaines de chaînes, et de plus en plus sur les écrans d'ordinateurs et de téléphones portables, des débats permanents font dialoguer une ministre, un chômeur, un patron, une lesbienne, un père de famille monoparentale, une écologiste, un altermondialiste, et pourquoi pas une libertaire.
Par un étrange paradoxe, l'homme moderne n'arrête pas de se dire dépossédé de son existence (dépossession qu'il explique par des entités baptisées économie, marchés financiers ou mondialisation) tout en croyant en reprendre possession, après sa journée de travail, en lisant le journal ou en « chatant » dans le cyberespace.
Moins nous avons de pouvoir sur notre existence, plus l'on nous invite à en parler. Insatisfait du mécanisme démocratique classique, le citoyen vit une démocratie en continu où enquêtes d'opinion et prises de parole créent une ambiance d'élection informelle permanente. Mélangeant latin et grec, on pourrait dire qu'en domocratie chacun change les choses à partir de sa maison, de chez lui : je « lutte » contre le réchauffement de la planète en installant dans mon salon des ampoules à basse consommation. Le libéral L. von Mises écrivait en 1922 que « l'économie est une démocratie dans laquelle chaque centime joue le rôle d'un bulletin de vote. C'est une démocratie des consommateurs ». Aujourd'hui, ce n'est plus seulement chaque acte d'achat qui reflète notre liberté de choix : le moindre geste quotidien équivaudrait à une prise de position et à une action.



