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Demain, orage. Essai sur une crise qui vient

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Index de l'article
Demain, orage. Essai sur une crise qui vient
Capitalisme, passé et présent
En quoi le capitalisme mène le monde
« Contradiction n'est pas impossibilité. » (Marx)
Le cours du capitalisme n'est pas irréversible
1929 : le problème et sa solution
Après 1968, la demi-solution
Le but de la mondialisation
Ce que n'a pas réglé la nouvelle division internationale du travail
Petite sociologie de la bourgeoisie
Prolétarisation de la classe moyenne
Les ateliers du monde
Vivre à crédit
Salaires, déflation et profits
Capital cannibale
Dislocation
Fragmentation politique
Le facteur humain
Mondialisation sans idéologie et archaïsme radical
Surpopulation relative
Migrations non maîtrisées
Le pire des mondes possibles
Introuvable écologie
Le néo-libéralisme est-il déjà fini ?
Guerres
The Clash
La crise qui vient
QUELQUES OUVRAGES UTILISES
Toutes les pages

En quoi le capitalisme mène le monde

Ni au cœur de l'Afrique ni dans les vieux centres bourgeois d'Europe ou d'Amérique, non seulement le capitalisme n'a pas besoin que tout soit capitaliste, mais il a besoin que tout ne le devienne pas, et que certaines normes de comportement, des règles de droit et le respect de valeurs viennent tempérer (et consolider) le règne de l'argent et du profit. A supposer qu'il puisse exister, un monde où chacun, à chaque instant, ne viserait que son gain personnel mesurable en dollars ou en yen rendrait impossibles la vie sociale et la continuité des entreprises. (C'est là une des limites de la mondialisation : nous y reviendrons.) Le capitalisme hérite des richesses et des contradictions des millénaires qui l'ont précédé, il en évacue quelques-unes, en transforme d'autres, les reproduit à sa façon, mais les supprime rarement, comme le montre le destin de la famille ou de la religion.

S'il n'y a pas de domination capitaliste si absolue qu'elle ne mettrait plus face à face que bourgeois et prolétaires et liquiderait toute autre relation ou idéologie que marchande, ce n'est pas parce que ce système n'aurait pas (encore) totalement conquis le monde, mais pour deux raisons tenant précisément à sa conquête. D'une part, le capital n'arrive jamais sur une tabula rasa. Même lorsqu'il a fait place nette en Amérique du nord par le génocide, il y a transporté nombre des réalités et des conflits de l'Europe et d'ailleurs. Il ne se produit pas lui-même : il utilise un matériel humain chargé d'histoire. D'autre part, même la société allant le plus loin possible dans la marchandisation et la salarisation, réduisant famille, école, affectivité, sexualité, idéaux, art, politique, etc., à un rapport d'argent et de profit, et se croyant libérée des tensions et idéologies anciennes, revient périodiquement à des pratiques qu'elle disait dépassées, restreignant ou bloquant la libre concurrence, encadrant le parlementarisme de façon autoritaire, rendant la grève impossible ou illégale, réinventant le protectionnisme. Ces apparents retours en arrière sont un effet moderne de la réalité venue au centre de nos sociétés : la relation entre capital et travail, et l'obligation pour le premier de se soumettre le second, sous des formes jamais définitives.

Quoique l'avenir du monde ne se décide ni sur les chaînes de montage ni dans les conseils d'administration, le capitalisme n'en est pas moins le moteur de l'histoire depuis la fin du 18e siècle. Aucune guerre contemporaine, de 14-18 à l'Irak actuel, ne s'explique seulement par le jeu des forces du capital et du travail : mais elle se déroule et se résout sous l'influence de ces forces. On peut souligner le poids des archaïsmes à l'œuvre en 1914, les résurgences du passé dans les paroxysmes de 39-45, ou la pesanteur des facteurs pré-, voire anti-capitalistes aujourd'hui à Washington comme à Riyad : cela n'empêche le rôle décisif des logiques et contradictions propres au capitalisme dans tous ces lieux et ces événements.