A quoi bon débattre d'une communisation si éloignée de l'imaginaire régnant, pourrait-on demander... Les risques de fuite en avant ne sont pas minces : quand la réalité fait défaut, la théorie est tentée d'en combler le manque. Pourtant cette réflexion s'impose, parce qu'en dépit de notre impuissance présente, un mouvement social agit et se comprend en fonction de son but : c'est lui qui commande les critères d'analyse d'une réalité. L'analyse concrète vaut par rapport à un but. Par exemple, se spécialiser dans l'exposé des « luttes », même dans l'intention de les renforcer, ne mène pas plus loin qu'une défense (radicale, au mieux) du travail contre le capital, ce qui est déjà beaucoup, mais ne fait pas avancer le mouvement communiste dont ces luttes sont ou non porteuses.
Ce que nous entendons par communisation a déjà été exposé dans Communisation : un Appel et une Invite (2004) et Le Tout sur le tout (2009), mais cette idée est sous-jacente à tout ce que nous essayons de faire, car il s'agit ni plus ni moins du contenu d'une révolution future, de son seul contenu possible, et par exemple notre critique de la démocratie ne prend son sens qu'avec la perspective de la révolution comme communisation (Au-delà de la démocratie, L'Harmattan, 2009). De même, l'analyse des mouvements sociaux passés et présents suppose une compréhension du contenu d'une révolution communiste, que ces mouvements en soient proches ou très éloignés. Il y a là un point fondamental, et une ligne de partage essentielle.