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Demain, orage. Essai sur une crise qui vient

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Index de l'article
Demain, orage. Essai sur une crise qui vient
Capitalisme, passé et présent
En quoi le capitalisme mène le monde
« Contradiction n'est pas impossibilité. » (Marx)
Le cours du capitalisme n'est pas irréversible
1929 : le problème et sa solution
Après 1968, la demi-solution
Le but de la mondialisation
Ce que n'a pas réglé la nouvelle division internationale du travail
Petite sociologie de la bourgeoisie
Prolétarisation de la classe moyenne
Les ateliers du monde
Vivre à crédit
Salaires, déflation et profits
Capital cannibale
Dislocation
Fragmentation politique
Le facteur humain
Mondialisation sans idéologie et archaïsme radical
Surpopulation relative
Migrations non maîtrisées
Le pire des mondes possibles
Introuvable écologie
Le néo-libéralisme est-il déjà fini ?
Guerres
The Clash
La crise qui vient
QUELQUES OUVRAGES UTILISES
Toutes les pages

1929 : le problème et sa solution

Avant 1929, les profits sont élevés, mais sans le contexte qui permettrait d'en faire le moyen d'une reproduction élargie. A la nouvelle production de masse, manquent une consommation adéquate, donc une augmentation des salaires suffisante, donc une place faite au travail. Patron de combat, Ford pourchasse les syndicats, et ne cèdera que dans les années trente, quand les OS occuperont ses usines. Jusqu'en 1929 et dans les années qui suivent immédiatement, frustrés de rentabilité, les capitaux sont encouragés à spéculer. Une fois la crise venue, sa gestion reflète la même attitude de classe : contraction accrue du salaire et recul de la production. Beaucoup d'usines tournent à temps (et donc salaire) partiel.

1929 éclate sur le plan boursier et bancaire, se manifeste comme surproduction et baisse des prix et de la production, mais découle d'un partage trop inégal entre travail et capital, aggravé paradoxalement par la capacité d'une minorité des ouvriers à freiner la chute des salaires.

Après 1917, de la Hongrie aux Etats-Unis, la bourgeoisie a contenu la poussée prolétarienne, et renfermé sur elle-même une révolution russe qui meurt de n'être que du pouvoir sur une société qu'elle ne communise pas. Mais les bourgeois occidentaux n'ont pas voulu ni su exploiter leur victoire pour remodeler la société, ni les relations entre Etats européens : politique réactionnaire en Angleterre et en France au long des années vingt et après 1929, « Mur d'argent » dressé contre des réformes pourtant modérées, repli sur les colonies et les ruraux, priorité à la monnaie sur la compétitivité industrielle, Amérique attentiste jusqu'en 1932, faillite d'une Société des Nations dont les initiateurs étasuniens se sont retirés dès sa fondation, tiraillement de la République de Weimar entre une bourgeoisie conservatrice (voire nationaliste) et une social-démocratie incapable de promouvoir la conciliation de classe qui est son programme... Sur les deux rives de l'Atlantique, un ensemble de forces convergent pour empêcher un système de se réformer socialement, tout en l'exacerbant sur les plans financier et technique. C'est en Allemagne que la contradiction sera la plus dévastatrice : les universités prestigieuses produisaient des ingénieurs tout aussi brillants que convaincus de la nécessité d'éliminer les Juifs d'Europe. Au lieu de fabriquer par millions des médicaments ou des jouets de plastique, l'une des premières industries chimiques du monde fera du Zyklon B.

Keynes avait compris que la préférence des couches à hauts revenus pour les « liquidités », pour l'argent thésaurisé ou errant d'une spéculation à l'autre, traduisait un déficit à la fois de consommation et d'investissement (nous verrons un phénomène du même type avec l'épargne « excessive » en Chine, et les revenus extravagants des élites occidentales). En forçant à tenir compte du double lien entre salaire et consommation, entre profit et investissement, il posait une exigence fondamentale : l'irréalisable et indispensable (dés)équilibre dynamique entre capacité (et propension) à consommer et valorisation du capital, afin d'éviter le point limite où production et vente, quoique massives, ne créent pas une plus-value suffisante.

Le keynésianisme est intervenu à la croisée des chemins. En faisant en sorte que le capital traite le travail à la fois comme un coût et un investissement, il apportait une solution à une valorisation relevant encore largement de la domination formelle, tout en accélérant par ses correctifs le passage à la domination réelle. Il n'est pas anecdotique que Keynes se soit d'abord fait connaître par sa critique du Traité de Versailles. Les vainqueurs de 1918, la France en particulier, enivrés par un succès militaire qui ne prouvait nullement la supériorité des empires anglais et français, espéraient en vain mettre l'Allemagne à genoux comme si des baïonnettes suffisaient à recomposer l'Europe à leur gré. L'efficacité du keynésianisme a tenu à une vision globale, autant sociale et politique qu'économique.