TROPLOIN

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Pour un monde sans morale

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Index de l'article
Pour un monde sans morale
L'amour
L'extase
Le crime
Amour. Extase. Crime.
Note de 2010 (G.D.)
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Amour. Extase. Crime.

Trois produits historiques dans lesquels l'humanité a vécu et vit ses relations et pratiques affectives. L'amour, conséquence de l'indifférence et de l'égoïsme généralisés, refuge en quelques êtres privilégiés par le hasard et la nécessité. C'est l'impossible amour de l'humanité qui s'accomplit tant bien que mal en quelques individus. L'extase, excursion hors du profane, du banal, dans le sacré, échappée aussitôt rattrapée et bornée par la religion. Le crime, unique issue quand la norme ne peut plus être ni respectée ni contournée.

Amour, sacré et crime sont des moyens d'échapper au présent et de lui donner un sens. Positif ou négatif : les trois incluent chacun attraction et répulsion, et entrent dans une relation d'attirance et de rejet les uns par rapport aux autres. L'amour est glorifié mais on s'en méfie. Le sacré est par essence menacé de profanation, il l'appelle pour l'exclure et du même mouvement se renforcer. Le crime est châtié mais il fascine.

Ces trois moyens de transport hors du quotidien, le communisme ne les généralisera pas plus qu'il ne les abolira. Toute vie (collective ou individuelle) suppose ses frontières. Mais le communisme sera amoral en ce qu'il n'aura plus besoin de normes figées, extérieures à la vie sociale. Modes de vie et modèles de comportement circuleront, non sans heurt ni violence, et seront transmis, transformés et produits en même temps que les rapports sociaux. Le sacré s'effacera en tant que séparation absolue entre un en-deçà et un au-delà. Ainsi, plus de place pour la religion: ni pour celles d'antan, ni pour ces religions modernes qui ne connaissent plus de dieux, mais seulement des diables à expulser du corps social. La liberté de l'homme, sa capacité à modifier sa nature, le projettent au-delà de lui-même. Jusqu'à présent, la morale, toute morale, et d'autant plus insidieusement qu'elle ne se présente pas comme telle, fait de ces au-delà des entités qui écrasent l'être humain. Le communisme ne nivellera pas la "montagne magique", il fera en sorte de n'être pas dominé par elle. Il créera et multipliera les lointains et le plaisir de se perdre en eux, mais aussi la capacité d'en susciter de nouveaux, subvertissant ainsi la soumission "naturelle" à un quelconque ordre du monde.